Souveraineté et Réglementations? Ennemies ou amies?

J’ai pu assister hier à un excellent exposé de la problématique de la souveraineté et de l’innovation face à la complexité réglementaire supposée induite par une Europe, sans but concret, devenue essentiellement administrative, par CHRISTOPHE ASSENS hier à l’OVSQ – Observatoire de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

Attention, commentaires tout personnel!

La statue du Commandeur, grand architecte de la Souveraineté Française

L’exposé a démarré par un constat hélas aussi récurrent que vrai, celui de la dégradation multi décennale des Souverainetés Européenne et Française, sur les fondations jamais renouvelées du Général de Gaulle, et de sa « vision de la Grandeur de la France » :

  • Souveraineté Énergétique grâce à l’Énergie Nucléaire,
  • Souveraineté Militaire grâce à la Dissuasion Nucléaire, à la sortie de l’OTAN, et une armée de conscription,
  • Souveraineté Politique grâce à une Diplomatie affirmée et le rejet de l’arrivée du Royaume-Uni (soumis aux USA) dans l’Europe (qui paradoxalement avaient refusé d’entrer dans la CECA par souveraineté…),
  • Souveraineté Technologique, avec une recherche forte et de multiples chef-d’œuvre (TGV, Concorde, Ariane, Mirage, Airbus, Minitel, etc)
  • Souveraineté Monétaire, avec le « Nouveau Franc »,
  • Souveraineté Culturelle, avec la langue française comme ciment de la souveraineté et vecteur de rayonnement, et donc la fermeture des bases militaires États-uniennes, en atténuant l’implacable propagation de la culture fast-food et hollywoodienne.
  • Et bien sûr, au final, Souveraineté Économique, qui est à la fois la résultante et la condition de la Souveraineté!

Bref, difficile de faire plus souverain que le Grand Homme!

Force est de constater que depuis Pompidou, ses successeurs n’ont fait que dilapider les acquis gaulliens et les dividendes de la Paix supposée éternelle, en diluant la Souveraineté de la France dans une mondialisation, supposée source de progrès sans limites. Les conséquences négatives deviennent outrageusement visibles depuis l’invasion de l’Ukraine, et encore plus depuis le retour du Président Trump. D’autant que le Monde devient fortement multi-polaires et que les « petits » pays européens ne semblent plus pouvoir peser qu’en faisant bloc au sein de l’Europe.

Il faut donc construire ou du moins consolider une Souveraineté Européenne!

Oui, mais quelle Europe?

La thèse soutenue par le conférencier est celle de Nations européennes en perte de souveraineté car soumises à une Europe de Grands Fonctionnaires, qui faute de pouvoir se mettre d’accord sur une politique commune, en sont réduit à édicter sans fins de multiples réglementations.

Et la solution proposée est celle d’une « Europe Réseau » limitée à 10/15 membres essentiels, opposée à une « Europe des Nations » (de Gaulle) ou une « Europe Fédérale » (Giscard d’Estaing).

Souveraineté, Réglementations et Sécurité Numérique

Alors? Et les réglementations dans tout cela? Et c’est vrai que dans mon domaine professionnel (la Sécurité Numérique(1)), nous ne manquons pas de réglementations!

J’ai rappelé que comme beaucoup de mes collègues « Responsables de la Sécurité Numérique » (RSN! RSSI c’est dépassé!) dans un grand groupe de Défense, mon rôle était double : 

  • D’abord, bien sûr, celui d’un « Bouclier Cyber Humain » pour contrer une menace explosive dans ce monde perturbé et de plus numérique, en accompagnant, outillant, expliquant et formant mes collègues.
  • Mais aussi celui d’un « Bouclier Cyber Administratif », pour accompagner la mise en œuvre d’exigences réglementaires toujours plus nécessaires et créatives, et pas toujours soucieuses de respecter les impératifs de productivité.

Car, oui, au final, pour toute entreprise, la première menace est bien celle qui pèse sur sa capacité à produire à une vitesse toujours plus grande, dans une économie mondiale fortement concurrentielle et à fortiori dans une « économie de guerre ». (« Speed is everything! »)

Et si nous avons souvent l’impression que nous en sommes les Champions, il n’y a pas que l’Europe qui a une réglementation! Certes, nous sommes souvent en avance en la matière, mais nous sommes copiés, et ce n’est pas uniquement par mimétisme administratif.

  • Le bien inefficace RGPD (Réglement Général de la Protection des Données) a fait des dizaines de clones dans le Monde, à commencer par la Californie, le vaisseau mère de la Tech Américaine!
  • La Chine impose des règles très strictes à ses entreprises, souvent pour maîtriser sa … souveraineté!
  • Et bien sur, même Elon Musk doit se plier à toute sortes de standard et réglementations environnementales, techniques, sécuritaires, pour lancer ses fusées à la chaine.

Alors, c’est vrai, certaine de nos réglementations sont excessives ou trop immatures, avec une approche juridique qui méconnait les vrais sous-jacents technologiques (le naufrage des pop-up d’acceptation de cookies en est un bon exemple). Mais qui prendrait l’avion si le ciel et la conception des aéronefs n’était pas régulés?

Au final, ma perception est que la réglementation reflète la complexité grandissante du Monde, et qu’elle est nécessaire (notamment pour contribuer à notre Souveraineté). Mais que nous peinons à nous y adapter ou à l’intégrer, du fait d’une baisse de productivité individuelle et collective, tout assoupis que nous sommes par le confort que le Progrès nous a apporté. (Mes fameuse lois de la Thermodynamique du Progrès pour ceux qui me connaissent!)

Qui?

Pour finir, j’ai posé une question très personnelle qui n’attendait pas de réponse précise dans un cadre universitaire, mais qui en tant que citoyen français et européen est la seule qui me semble compter, face au vaste bouleversement géopolitique que nous vivons tous :  Qui est le « Charles de Gaulle du Futur » qui saura « rebooter » la France en appliquant cette proposition ou une autre?

La piste de réponse proposée par CHRISTOPHE ASSENS était de faire le constat que les trois derniers Présidents(2)  étaient d’anciens « Young Leaders » de la French-American Foundation, biberonnés à la Souveraineté … Etats-Uniennnes!

C’est pô gagné!

Note 1 : En 2026, on ne dit plus « Sécurité des Systèmes d’Informations », mais « Sécurité Numérique », notamment selon l’ANSSI. La Sécurité Numérique, qui englobe la SSI, a pour objectif de protéger non seulement les systèmes et les données, mais aussi les personnes, la souveraineté nationale et le fonctionnement de la société face aux menaces cyber, dans les dimensions politiques, économiques, diplomatiques et humaines. On ne parle plus seulement de protéger un « ordinateur », mais de protéger notre mode de vie numérique.

Note 2 : C’est faux pour Nicolas Sarkozy, même s’il s’est révélé le plus atlantistes en ayant été un de ceux qui ont osé défaire partiellement l’œuvre du Général en réintégrant la France dans l’Otan!

Sources et références: